Un groupe de travail conjoint IGÉSR-IGAS organisé le 20 mai 2026 autour du rôle et des missions des AESH relance une question essentielle : quelle école inclusive voulons-nous construire ? Ce groupe a produit un rapport intitulé « Rôle et missions des AESH dans l’école inclusive, aujourd’hui et demain ». En voici ma lecture critique — en tant qu’orthopédagogue praticien.

Ce groupe a produit un rapport intitulé « Rôle et missions des AESH dans l’école inclusive, aujourd’hui et demain ». Le rapport part d’un constat partagé : depuis près de vingt ans, l’école inclusive repose très largement sur l’aide humaine, mais ce modèle est aujourd’hui présenté comme « à bout de souffle ». L’IGAS rappelle notamment que le nombre d’AESH a fortement augmenté depuis 2017, sans pour autant répondre pleinement aux besoins, puisque des enfants notifiés restent encore sans solution chaque année. Mais c’est précisément l’orientation proposée qui interroge.
À la lecture des orientations présentées, une évolution majeure se dessine : passer d’un modèle centré sur la compensation individuelle des élèves en situation de handicap à une logique d’accessibilité collective. L’idée peut sembler pertinente sur le principe. Adapter les supports, former les enseignants, penser la classe de manière plus inclusive, développer des ressources pédagogiques accessibles : tout cela est nécessaire.
Mais une question demeure : l’accessibilité peut-elle réellement remplacer l’accompagnement humain ? Et est-il judicieux de passer du coq à l’âne ?
Dans les faits, certains élèves ont besoin d’un soutien précis, régulier, ajusté à leur fonctionnement. Pour eux, l’aide humaine n’est pas un frein aux apprentissages. Elle peut au contraire être une condition d’accès à la compréhension, à l’engagement, à l’autonomie et à la sécurisation du parcours scolaire.
Réduire la place de l’aide individualisée au nom d’une accessibilité collective pose donc un risque important : celui de confondre adaptation générale et réponse effective aux besoins spécifiques.
Le rapport propose deux nouvelles fonctions :
Le nouveau corps d’« assistants d’accessibilité » ne concernerait que 10 à 20 % des AESH — tout en maintenant la majorité des accompagnants dans une situation contractuelle à temps partiel. Comment construire une école inclusive solide en laissant persister la précarité de celles et ceux qui rendent cette inclusion possible ?
Les enseignants font déjà beaucoup. Ils adaptent, différencient, accompagnent, rassurent, évaluent, coordonnent. Leur demander d’absorber seuls une nouvelle charge, dans des classes souvent chargées et hétérogènes, ne peut pas suffire.
L’école inclusive suppose une articulation claire entre plusieurs acteurs :
Sans oublier quelques incontournables structurels que le rapport semble mettre de côté :

L’enjeu n’est pas d’opposer accessibilité et compensation. L’enjeu est de les penser ensemble. C’est précisément ce que propose le modèle RAI — Réponse À l’Intervention — que j’ai eu l’occasion de mettre en œuvre au sein d’une école du réseau AEFE.

💡 L’objectif n’est pas de supprimer les compensations — mais d’éviter qu’elles deviennent l’unique réponse.
Tout cela suppose de soutenir l’autonomie, l’autodétermination et l’engagement des élèves dans leurs apprentissages — et de ne jamais oublier que, derrière les dispositifs, il y a des élèves, des familles, des enseignants et des accompagnants qui vivent chaque jour la complexité de l’inclusion scolaire.

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